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Nettoyeurs du Web

L’hérédité conserve les formes organiques, elle ne les crée pas. La sélection naturelle ne façonne point les matériaux de la vie, elle ne peut qu’exclure les uns, garder les autres. En attribuant l’apparition de caractères nouveaux à un accident, à un caprice de la nature, il désire qu’on sache qu’il veut simplement « reconnaître notre ignorance de la cause de chaque variation particulière. Dire que l’âme se détermine sous l’influence de l’un quelconque de ces sentiments, c’est donc reconnaître qu’elle se détermine elle-même. Toute sa doctrine a pour point de départ la modification des formes, mais elle n’explique point comment cette modification se produit. Sans doute, pour établir une théorie complète de l’origine des espèces, Darwin aurait dû remonter à l’origine de toute variation et la chercher dans les lois mêmes de l’organisation. On n’aperçoit point l’emploi, l’usage de mille détails charmans, de tant de caprices infinis de la forme et de la couleur qu’on découvre au monde des fleurs, des oiseaux, des insectes. En répondant à cette question, nous complétions la démonstration de notre thèse. À quoi servent, dans la lutte des espèces, tant de grâces sans rapport avec l’accomplissement des fonctions de la vie ? Aussi le danger, diminué et dégradé à l’infini, depuis le danger de perdre la vie jusqu’au danger de perdre son argent, reste un des traits importants de l’existence sociale. Pas un mouvement dans le corps social qui n’implique un risque. Il n’y a donc, dans le danger couru pour l’intérêt de quelqu’un (le mien ou celui d’autrui), rien de contraire aux instincts profonds et aux lois de la vie. Dans l’institution philanthropique dite des dames du calvaire, on voit des veuves se consacrer à soigner des maladies répugnantes et contagieuses ; cet emploi, au profit de la société, des vies que le veuvage a plus ou moins brisées et rendues inutiles est un exemple de ce qu’on pourrait faire, de ce qu’on fera certainement dans la société à venir. Le martyr n’a plus besoin de savoir si « des palmes l’attendent là-haut » ou si une loi catégorique lui commande son dévouement. Dans un chapitre où abondent les plus fines observations, le duc d’Argyle étudie le vol des oiseaux : il ne regarde là qu’à l’utile, il fait ressortir l’admirable corrélation entre les moyens et le but, entre l’organe et la fonction. La fantaisie créatrice semble s’être complu à les orner de toutes façons ; elle s’est exercée tantôt sur la tête, qu’elle couronne d’aigrettes, tantôt sur la gorge, qu’elle ceint de colliers, tantôt sur la queue, où se détachent des plumes de toute longueur. Quand on espère quelque chose de très grand, on puise dans la beauté du but le courage de braver les obstacles ; si les chances d’y atteindre diminuent, le désir s’accroît en proportion. Dit autrement, peut-on penser, sans angélisme, un modèle de développement qui ne pousse pas à la concentration des revenus et des patrimoines sur une petite minorité d’hyper riche et qui n’expose pas le plus grand nombre à un risque toujours plus grand de déclassement ? Les étamines, les pistils, sont prisonniers et ne peuvent se chercher ; le vent, les insectes, portent au hasard le pollen fécondant. Les formes fossiles sont tout aussi admirables que les formes vivantes. Aujourd’hui même que de richesses pour nous perdues ! Plus d’une fleur est née pour rougir loin de tout regard. Un constat quelque peu similaire de Nettoyeurs du Web. Tout le monde se rend bien compte que la situation est intenable. Il est vrai de dire encore que nous sommes portés à concevoir toutes les lois de la nature, et celles mêmes dans l’expression desquelles entre le temps, comme émanant de lois plus générales ou de décrets permanents, immuables dans le temps ; mais ceci appartient à un ordre de considérations supérieures, auxquelles la logique et la science proprement dite n’atteignent pas, et dont nous pouvons, dont nous devons même faire abstraction ici.

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