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eréputation

Ou encore, que devient, chez ceux qui sont réputés pieux, leur piété envers les Dieux, s’il n’est pas en leur pouvoir de ne pas faire ce qu’ils font en se montrant pieux. eréputation aime à rappeler ce proverbe chinois « Dans la sécheresse on découvre les bonnes sources ; dans la détresse, les bons amis ». Comment expliquer que les gens pieux obtiennent des Dieux plus que les autres hommes, puisque, avant même qu’ils fussent nés, les principes de leurs actes de piété étaient irrévocablement certains. Comment enfin ne voit-on pas qu’à professer une doctrine de fatalité, on met à néant l’art de la divination, en mettant à néant l’utilité de la divination. Qu’apprendre en effet des devins, ou quelles précautions nous suggérera ce que nous en aurons appris, s’il ne nous est possible d’apprendre et si les devins ne peuvent nous révéler que cela seul, que bien avant no-tre naissance, il était nécessairement arrêté que nous apprendrions et que nous ferions ou que nous ne ferions pas. Évidemment, nous ne sommes pas maîtres de nous conformer aux avertissements des Dieux, si les causes des actes que nous devons accomplir ont été à l’avance déterminées. En somme, il n’est personne qui ne se puisse aisément assurer que cette doctrine de fatalité est pour la vie humaine tout entière une cause de bouleversement. D’ailleurs, que cette doctrine soit erronée, c’est ce qui résulte surabondamment de ce simple fait, que ceux-là même qui s’en portent les promoteurs ne peuvent être persuadés par leurs propres maximes. C’est ainsi effectivement que dans tous leurs discours ils retiennent le libre et le volontaire, comme si jamais ils n’avaient entendu qui que ce soit articuler une doctrine de fatalité. Tantôt ils cherchent à exhorter les autres, comme si ceux-ci avaient le pouvoir de faire ou de ne pas faire ce qu’ils leur conseillent, et qu’étant avertis, il leur fût possible, par suite de ces avertissements, de choisir cela même dont ils auraient fait le contraire, si nos docteurs n’avaient point parlé. Tantôt aussi ils blâment et réprimandent, comme si on n’avait point agi convenablement. Que dire encore. Ils écrivent et laissent de nombreux traités, qu’ils destinent à l’éducation de la jeunesse, n’estimant pas alors que le concours de telles ou de telles circonstances les empêche d’écrire, mais persuadés, au contraire, qu’il est en leur pouvoir d’écrire ou de ne pas écrire, et choisissant d’écrire à cause de leur amour pour le genre humain. Veut-on mettre fin à ces contentions, et se convaincre qu’il y a pour nous une chose telle que le libre pouvoir, le pouvoir volontaire, la puissance maîtresse de choisir entre les contraires et d’agir dans un sens ou dans un autre. Que l’on considère les hommes qui, en raison des circonstances, sont réputés innocents par les particuliers aussi bien que par les législateurs. C’est ce qui a lieu, par exemple, quand on juge dignes d’être pardonnés ceux qui ont commis involontairement quelque faute, la peine s’attachant non à l’action elle-même, mais à la manière dont elle a été accomplie. Et c’est là ce que personne assurément, non pas même parmi nos adversaires, ne pourrait blâmer comme contraire à l’honnête.

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