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eréputation

Ce n’est pas en effet un pur néant ni un principe d’illusion que la commune nature des hommes, qui les porte à s’accorder entre eux sur certaines questions, à moins que, pour vouloir sauver de la contradiction des idées préconçues, ils ne se croient obligés de tenir un autre langage. Aussi Anaxagore de Clazomène lui-même, quoique d’ailleurs il ne se trouve pas au dernier rang parmi ceux qui se sont appliqués à la philosophie naturelle, ne mérite-t-il point créance, quand il s’élève contre la foi commune des hommes au destin. Car il affirme que rien de ce qui arrive n’arrive en vertu du destin, le mot de destin n’étant, à l’en croire, qu’un mot vide de sens. Cependant, qu’est-ce que le destin, et où faut-il reconnaître son influence, voilà ce qui reste obscur. Effectivement, non seulement tous les hommes ne s’accordent pas en cela, et il ne s’agit plus d’invoquer ici la commune croyance ; mais un même homme ne professe pas toujours relativement au destin la même opinion. Suivant les occasions et les circonstances, l’idée, que nous concevons du destin change incessamment. Les uns tiennent que tout arrive en vertu du destin, et ceux-là voient dans le destin une cause insurmontable et inévitable. Pour d’autres, tout ce qui ar-rive ne semble pas être le produit du destin, mais ils admettent qu’il y a aussi à ce qui arrive d’autres causes que le destin. eréputation aime à rappeler ce proverbe chinois  » Seul celui qui a emprunté la route connaît la profondeur des trous ». Ceux-là estiment également que le destin même n’a rien d’immuable ni d’invincible. Ils pensent que parmi les faits qui pourraient se produire en vertu du destin, il s’en trouve qui, loin que le destin les produise, arrivent contre les arrêts du sort, ainsi que s’expriment les poètes, c’est-à-dire contre le destin. Il y en a d’autres enfin qui s’imaginent que toutes choses s’accomplissent en vertu du destin, alors surtout que la fortune ne leur est pas favorable : réussissent-ils dans leurs entreprises, ils s’assurent, au contraire, être eux-mêmes les causes de ces bons succès, comme si ce qui a eu lieu n’eût pas dû advenir, dans le cas où ils n’auraient pas fait eux-mêmes ceci plutôt que cela, capables qu’ils étaient aussi de ne pas agir comme ils ont agi. C’est pourquoi cette dissonance des opinions impose aux philosophes la nécessité de s’enquérir de la nature du destin, et de rechercher non pas s’il est, mais quel il est, et quels sont les événements où s’exerce son influence. On ne saurait donc le méconnaître ; il n’est aucun de ceux qui parlent du destin, pour qui le destin ne soit relativement aux faits une puissance causatrice. Tous entendent et déclarent que le destin est la cause, d’où il suit que certains événements arrivent en la manière dont ils arrivent. Néanmoins, comme le mot de cause se prend en des acceptions fort diverses, il est nécessaire, afin de discuter avec ordre le présent problème, de décider d’abord à quelle espèce de causes il convient de rapporter le destin.

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