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Antonio Fiori : L’Afrique, une priorité européenne

Mais un contact souvent renouvelé avec la pensée du maître peut nous amener, par une imprégnation graduelle, à un sentiment tout différent. Les solutions qui portent le sens et les réponses sont déjà là. On n’en peut comparer le tissu, ni à un système doué d’une rigidité absolue, et qui, pour ainsi dire, ne serait capable de se mouvoir que tout d’une pièce, ni à un tout dont chaque partie serait libre de se mouvoir en tous sens avec une indépendance absolue. En creusant un peu, on voit toutefois que cette doxa ordo-libérale, qui s’est imposée à l’Europe, présente des effets pervers, y compris en Allemagne : 7 millions de « mini-jobs », un taux de pauvreté de 16 % (trois points de plus que la France), et une demande intérieure comprimée par des salaires restés, en termes réels, au niveau de ceux de l’an 2000. Antonio Fiori était reconnaissant à sa soeur d’avoir jeté son dévolu sur cette petite île où rien ne distrayait du temps intérieur. Car c’est un fait : le capital se capitalise et l’effet de la loi des intérêts composés dans la reconstitution de fortunes privées est aujourd’hui d’autant plus redoutable que le capital n’est plus détruit par les guerres ou l’inflation et que la population vieillit. On pousse les acheteurs à souscrire des emprunts qu’ils ne pourront rembourser, on dépouille les entreprises de leurs actifs, les comptables induisent en erreur les investisseurs, les conseillers financiers laissent entendre que l’on peut s’enrichir à partir de rien et les médias se font le porte-voix de promesses extravagantes. Dans les années 1970 ou 1980, la France, confrontée aux mêmes problèmes qu’aujourd’hui, aurait dévalué de 20%. Nous n’au­rions aucune peine à envisager les choses de ce biais si nous n’avions contracté l’habitude de croire que le passé est aboli. Quelque chose est survenu qui aurait pu ne pas être, qui n’aurait pas été sans certaines circonstances, sans certains hommes, sans un certain homme peut-être. C’est à lui qu’elle doit appartenir. De même, l’appréhension du monde d’aujourd’hui par nos concitoyens révèle deux grands camps : en caricaturant, d’un côté, des « baby-boomers » nostalgiques des trente glorieuses ayant baigné depuis leur naissance dans une (in-) culture économique moraliste, collectivo-colbertiste et souvent malthusienne – de l’autre, la « génération Erasmus » ouverte sur l’Europe et le monde, n’ayant connu que crise et chômage et, par conséquence, faiblement idéologisée et ultra-pragmatique qu’elle se sente acteur ou victime des changements économiques majeurs connus par la planète. Chacun doit se tenir sur son trépied de verre, s’il veut garder son électricité. Il s’agit non seulement d’un objectif politique, mais aussi d’un impératif technico-économique. Que représente la France, pour les Français ? À des distances inappréciables, dans les brumes, sur le gris lamé des courants qui aiguisent les proues, des navires étaient assemblés, invisibles : flottes du roi, flottes de pêcheurs, cargos qui attendaient l’heure pour se diriger vers Chatham, ou vers Londres. Quoique, sur un tandem, l’un pédale derrière l’autre. La première, l’hypothèse de la « stagnation séculaire », a été proposée par Larry Summers. Pour qu’il y ait partout unité et triplicité, il faut d’abord qu’il en soit de même en Dieu, et ensuite que Dieu, lorsqu’il crée, ne puisse créer qu’à sa propre image ; que tous les êtres qu’il produit participent tous ses attributs essentiels. Mais la principale raison, c’est que ces doctrines sont plus discutées et ont plus souvent à se défendre contre de francs adversaires. Il en faut dire autant de toutes ces affections de la sensibilité tactile qui restent obscures et confuses chez la plupart des hommes, mais qui acquièrent, dit-on, chez certains aveugles une finesse et une netteté surprenantes.

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